Plainte
des cochons des cochons des cochons
On leur coupait la queue aux cochons
on les stérilisait
c'était cochon les cochons
le matin les cochons
cochon à midi
cochon le soir
fallait qu'ils mangent
trois fois par jour
fallait les nettoyer, astiquer, rincer
mon père a des cochons
ma mère les nourrit
et il les abat
ils les élèvent
pour que nous puissions manger
du cochon,
on vivait des cochons
des cochons
dans le jardin
des cochons dans la grange
des gros, des petits, des truies et des cochonnets
des cochons sans sexe
le sexe coupé
des cochons coupés
stérilisés pour que la viande ne puait pas le cochon
ils valaient de l'argent ces cochons,
on vivait des cochons
tous les midis écouter les prix des cochons à la radio
se taire pour les entendre
les prix des cochons, des jambons, des côtelettes,
le prix au kilo à l'abattoir
deux fois par an un cochon en revenait,
du lard, du sang, de la viande, trier, empaqueter
le mettre dans le grand frigo blanc
pour pouvoir le manger
les cochons
partout toujours des cochons des cochons
enfreindre la loi pour les cochons pour qu'ils soient encore plus beaux, plus gros,
aller en Belgique pour les cochons,
là bas les hormones étaient en vente libre
faire de la contrebande pour les cochons
je haïssais les cochons
j'avais peur de puer le cochon
leurs cris me fendaient les oreilles
on les frappait, on les mettait à douze dans 6 mètres carrés
je ne voulais pas aller les voir
j'avais honte de ces cochons
notre nourriture
notre vie
cochon cochon
partout et toujours des cochons et encore des cochons même aujourd'hui encore les cochons, c'est à cause d'eux,
à cause de la fine poussière dans leurs étables que mon père n'arrivait plus à respirer
sentir comme les cochons
manger des cochons
manger comme les cochons
être entouré de, prendre soin de, exister par
partout toujours
des cochons dans tes vêtements, dans tes cheveux, dans ton nez, sur ta peau, dans tes oreilles les cris stridents, les hurlements quand ils sont amenés vers le camion, un pistolet électrique pour les presser, les pousser, eux qui ne veulent pas
qui n'ont pas encore vécus
pauvres cochons.
Cochons pour les cochons
On leur mettait du goudron sur leurs queues, sinon ils se les mangeaient, sinon ils se les mangeaient, sinon ils se les mangeaient, sinon ils se les mangeaient
des cochons dans mes oreilles
sentir comme un cochon
porter l'odeur du gagne pain de ton père
être cochon
cochon le soir, cochon le matin
toujours ces maudits cochons
toujours
partout ces cochons
une jeunesse cochon trop plein de cochons
"Cochon les cochons" version pour "Breaking Solitude" net performances dans le salon de panoplie.org.
16 - 02 – 2007 Annie Abrahams
Une version légèrement différente a été lu pendant le festival PerformanceX6 au Palais Cyrnos le 3 décembre 2006 à Ajaccio.
Une version légèrement différente a été utilisé dans une performance pendan t le vernissage de l'exposition "tout va bien" à la galerie ESCA le 23 novembre 2007. |